Alexandre Arminjon – discours prononcé pour l’inauguration de l’exposition de Portraits Iraniens à l’Assemblée nationale, le mardi 7 mars 2023
Madame la Présidente,
Mesdames et Messieurs les Députés,
Mesdames et Messieurs,
C’est pour moi un réel honneur de pouvoir aujourd’hui exposer mon travail dans ce lieu solennel et magnifique où chaque jour vous travaillez dur à résoudre les débats complexes de notre belle démocratie française.
Avant de commencer, je tiens à remercier chaleureusement Violette Spillebout qui a eu l’idée et l’énergie pour lancer ce projet d’exposition.
Aujourd’hui vous rencontrez un photographe, passionné de photographie argentique et amoureux de l’Iran depuis plusieurs années, mais vous rencontrerez surtout, je l’espère, les regards des iraniennes et des iraniens qu’ils m’ont offert sur le terrain et qui aujourd’hui trouvent un miroir dans votre propre regard.
J’ai réalisé trois voyages en Iran, l’un en 2017, et deux en 2022. 3 semaines à peine après mon retour en août 2022, Mahsa Amini était tuée et c’était le début du soulèvement iranien. Ce que vous allez voir, c’est une photographie de l’instant de la rupture, l’instant où la chape de plomb des lois de la république islamique ne correspond plus à l’évolution des coutumes de l’Iran. Car entre 2017 et 2022 j’ai constaté deux choses : d’une, voir des femmes dévoilées était quelque chose d’impossible en 2017, et en 2022, les courageuses iraniennes ont commencé à se réapproprier l’espace public et à braver les interdits. De deux, en août 2022, les iraniens et les iraniennes me parlaient ouvertement de politique, et en particulier de leur désespoir économique et de leur crise existentielle face à l’oppression des gangsters de la république islamique.
Ma spécialité en Iran c’est le portrait de rue, c’est à dire photographier les iraniens dans l’espace public de façon très spontanée et très rapide, presque toujours sans rendez-vous; j’abordais les gens et très souvent l’on me demandait si j’étais journaliste. En indiquant que j’étais un artiste qui développait lui-même ses tirages dans la chambre noire, j’ai pu accéder à une connexion plus simple, dépolitisée. Par mes rencontres, j’ai le sentiment que les iraniens sont viscéralement attachés à l’indépendance de la nation iranienne et tous très circonspects sur la question de l’ingérence étrangère. Ainsi, ma pratique d’une photographie artisanale déconnectée des médias traditionnels m’a, je le crois, ouvert des portes.
J’ai voulu aller à la rencontre de toutes les classes sociales, de la société moderne à la société traditionnelle, des quartiers riches aux banlieues, c’est une volonté de sociologue, une volonté d’exposer l’extraordinaire diversité de l’Iran afin de parvenir, dans les traces du photographe August Sander, à des archétypes. C’est la juxtaposition d’archétypes que tout oppose a priori qui peut nous aider à mieux comprendre les contradictions, les mutations et la complexité de la société iranienne.
Pour conclure – vous verrez un large de nombre de sourires dans cette exposition. N’est-il pas scandaleux de montrer un visage d’iraniens souriants, alors que ceux-ci vivent un drame et risquent leurs vies pour obtenir leurs libertés fondamentales ? Le portrait est un masque, un visage retenu parmi une infinité de possibles. Je crois qu’à travers le sourire, on voit l’énergie de la vie et que jamais les iraniennes n’auraient pu se soulever avec autant de détermination si elles n’avaient pas en elles cette incroyable énergie positive que nous ne pouvons qu’admirer et soutenir aujourd’hui.
Pour conclure, mes remerciements les plus sincères à Sébastien Cherruet, commissaire de l’exposition, ami fidèle et scénographe hors pair.
Merci pour votre attention.
Alexandre Arminjon
Le 7 mars 2023